Le 18 novembre 2019 était le cinquième jour de notre convoyage de 18 jours à bord de l’Outremer 45, La Vagabonde. Le caractère hors saison du voyage n’a pas déçu ; c’était le cinquième jour consécutif de navigation au près.

 

J’ai écrit à mes proches :

« Cette nuit, les conditions étaient assez musclées. Nous attendions tous un peu de soulagement, nous nous attendions à des conditions de largue rapide, mais la navigation au près a prévalu. C’était comme ce moment où vous pensez être arrivé au sommet d’une colline, pour découvrir que c’était un faux sommet et qu’il y en a encore un autre devant vous.
Nous savons tous que dans ces conditions, il n’y a rien à faire d’autre que de se serrer les coudes, d’être en sécurité et de continuer, mais cela reste un test de nos émotions »

En y repensant, on a eu l’impression que notre première semaine dans l’Atlantique Nord ressemblait davantage à une préparation : ‘2020 : L’année où nous avons navigué au près sur la terre ferme’.

L’introduction de nouvelles règles liées à la Covid-19 a donné l’impression pendant des jours de vivre une navigation par de gros temps inconfortable, limitative, lente, impitoyable. Avec deux pas en avant en matière de santé mentale, de projets, de finances, de liberté – le prochain bulletin d’information vous renvoie un pas en arrière.

J’ai passé de longues heures de quarts de nuit à réfléchir sur la façon dont les traversées hauturières ressemblent à des leçons accélérées sur « Comment faire face aux défis de la vie terrestre ? ». De la gestion du personnel à l’approvisionnement, en passant par l’ingénierie et l’autonomie, la voile permet de développer des compétences telles que la résilience et l’adaptabilité de la manière la plus intense qui soit.

Ce deuxième article de blog a été conçu pour expliquer ce qu’est la navigation au près à bord d’un Outremer. Maintenant, je pense qu’il serait plus pertinent de ramener cela sur terre. Quelles leçons la navigation au vent peut-elle nous faire apprendre aujourd’hui ? Comment pouvons-nous tirer parti de nos expériences de navigation au près pour nous aider à trouver la force et l’optimisme nécessaire pour les mois à venir ?

Tandis que l’hiver approche dans l’hémisphère nord, la deuxième vague de Covid-19 prend de l’ampleur et des confinements nationaux se profilent à l’horizon partout dans le monde. Après avoir passé une année remplie d’adrénaline (tactiques de tempête ?), je puise maintenant dans ma « force intérieure pour m’attaquer au vent ». C’est ma réserve d’urgence quand le temps est vraiment, vraiment mauvais.

Au cinquième jour de cette traversée de l’Atlantique Nord, nous avons été accablés par la responsabilité et l’énormité du défi qui nous attendait.
Svante s’est assis à côté de moi ce soir-là, « Nikki, dis-moi franchement. Est-ce que ça va ? Devrions-nous faire demi-tour ? »

Je me suis stabilisé dans le violent clapot au vent, j’ai pris en compte tous les facteurs, je l’ai regardé dans les yeux et j’ai dit « Oui. Ça va ».
Le courage d’oser la positivité, alors que le choix le plus facile est la négativité, est ce qui me protège émotionnellement pendant les moments difficiles en mer. Il en va de même pour la vie sur terre…

… Chaque matin, je prends le chemin périlleux vers ma version 2020 de « sur le pont », c’est-à-dire, « au bureau ». Le « bureau » à terre a des qualités remarquablement similaires à la version bateau ; il fait office de salle à manger, de salon, de salle de gym et, dans mon cas, d’atelier de rénovation équipé de tous les éléments de base : Leatherman, white spirit, aspirateur, maillet, perceuse, jeu de douilles et de clés Allen supplémentaires.

Avant d’entrer, je suis ma routine de quart bien trop familière : café à la main, grande inspiration, grand soupir, fermer les yeux, pause, trouver la force intérieure, attacher mon gilet de sauvetage (robe de chambre ? ), sortir, un vent glacial sur le visage (toujours pas de double vitrage), le corps tendu, la proue qui tombe sur la vague avec des bruits douloureux (les voisins du dessus font leur séance d’entraînement à la maison), les genoux fléchis, un jet d’eau salée sur une joue, ce filet d’eau diabolique qui passe devant votre oreille (l’enseignement à domicile a mal tourné ?), ouvrir les yeux, oui, toujours là – un grand sourire « Encore un jour au paradis alors, c’est ça ? »

L’optimisme, avec une bonne dose de réalisme, était notre superpuissance à bord de La Vagabonde. Il nous a permis d’appareiller sous la neige avec un sourire aux lèvres. Il nous a permis de passer cinq jours à naviguer au près dans la mauvaise direction. Il nous a permis, à Riley et moi, de partir en fou rire au beau milieu de la nuit, la cinquième nuit de prendre un ris, sur un système de quart à deux de 2h de rotation. Et surtout, de me garder l’esprit clair pendant les nuits noires, en me rappelant qu’Elayna préparait un chocolat chaud et du porridge à l’aube.
Cette superpuissance, si nous choisissons de la conserver, nous aidera à trouver la force pendant les tempêtes cet hiver.

 

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